Les communautés de la Réserve de Biosphère de Gadabedji se préparent au retour de l’autruche d’Afrique du Nord au Niger


Julie Martin, Cloé Pourchier

Après plus de vingt ans d’absence à l’état sauvage au Niger, et grâce à d’importants efforts de reconstitution des effectifs en captivité, l’autruche d’Afrique du Nord (Struthio camelus camelus) est aujourd’hui en passe d’être réintroduite pour la première fois dans le pays, au sein de la Réserve de Biosphère de Gadabedji (RBG), où l’espèce était encore présente jusqu’au milieu du XXᵉ siècle.

Au Niger, l’autruche d’Afrique du Nord a disparu à l’état sauvage depuis 2004, victime de la chasse, de la collecte de ses œufs et de la dégradation de son habitat. Pour remédier à cela, une stratégie nationale de conservation a été élaborée en 2016 sous l’impulsion du Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre la Désertification (désormais nommé le Ministère de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement), avec l’appui des partenaires techniques, y compris Sahara Conservation, puis actualisée en 2022. Elle définit notamment les priorités pour renforcer les populations captives et préparer le retour progressif de l’espèce dans son habitat naturel.

Dans ce cadre, le Ministère de l’Environnement, Sahara Conservation et leurs partenaires travaillent depuis plusieurs années au développement de programmes d’élevage en captivité. Une quarantaine d’autruches sont aujourd’hui réparties entre trois sites au Niger : Iférouane, Kellé et Mainé-Soroa, ces deux derniers étant gérés par Sahara Conservation. L’objectif de ces sites est d’augmenter les naissances d’autruches en captivité, tout en renforçant la diversité génétique des populations captives, afin de constituer progressivement les groupes destinés à être réintroduits dans la nature.

Après plusieurs années de travail et plusieurs transferts d’autruchons vers des enclos d’acclimatation, aménagés dans la Réserve de Biosphère de Gadabedji, un premier groupe de dix autruches (six femelles et quatre mâles) a été constitué pour être réintroduit dans la Réserve.

Cependant, le succès de leur réintroduction ne repose pas uniquement sur le relâcher des animaux. Il dépend tout autant de l’adhésion et de la mobilisation des populations locales qui vont cohabiter avec ces autruches.

Ainsi, Sahara Conservation, en collaboration avec l’Unité de Gestion des Aires Protégées (UGAP) de la RBG et les autorités administratives et coutumières locales, a récemment mené une campagne d’information et de sensibilisation auprès des communautés de la RBG et de leurs représentants. Au total, près de 260 personnes issues de neuf villages ont été sensibilisées à l’écologie de l’autruche, à son cycle de vie ainsi qu’aux objectifs de sa réintroduction.

L’objectif est de favoriser la cohabitation homme/faune tout en incitant à contribuer à la protection des autruches. Les échanges ont également permis de répondre aux questions et préoccupations des communautés, notamment concernant l’accès aux pâturages et les comportements à adopter en cas de rencontre avec une autruche. Les équipes ont rappelé que les règles actuelles de gestion de la réserve resteront inchangées.  Les participants ont également été encouragés à diffuser ces messages auprès des autres usagers de la réserve.

La grande majorité des habitants de la RBG et de sa périphérie n’a jamais vu d’autruches. Ainsi, pour que chacun puisse reconnaître l’oiseau à ses différents stades de développement et adopter le bon comportement, des supports visuels seront prochainement diffusés dans les écoles, les marchés et les lieux de rassemblement.

Le retour de l’autruche d’Afrique du Nord dans la RBG après des dizaines d’années d’absence est l’aboutissement de longues années de travail et sa réussite à long terme dépendra de l’engagement de l’ensemble des acteurs, et principalement des communautés qui partageront le même environnement.



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