Après 20 ans d’absence à l’état sauvage au Niger, l’autruche d’Afrique du Nord est réintroduite dans son habitat naturel
Communiqué de presse – Huit autruches relâchées dans la Réserve de Biosphère de Gadabedji marquent une étape historique pour la restauration de la biodiversité au Niger.

Gadabedji, Niger – 7 septembre 2026. Après plus de vingt ans d’absence à l’état sauvage au Niger, l’autruche d’Afrique du Nord (Struthio camelus camelus) retrouve son milieu naturel. Le 2 septembre, huit autruches (cinq femelles et trois mâles) ont été relâchées dans la Réserve de Biosphère de Gadabedji (RBG), où l’espèce n’avait plus été observée à l’état sauvage depuis 1955. Cette première réintroduction marque une nouvelle étape dans les efforts engagés pour restaurer l’autruche d’Afrique du Nord, emblématique du Sahara et du Sahel. Elle ouvre une nouvelle phase du programme de conservation, avec pour objectif l’établissement progressif d’une population sauvage viable de ces oiseaux au Niger.
Un moment historique pour la biodiversité nigérienne
La veille du relâcher, un atelier a réuni les principaux acteurs de la conservation de l’autruche d’Afrique du Nord au Niger afin de valider le plan d’action pour la conservation de l’espèce. Cette étape a permis de définir un cadre commun pour accompagner sa protection, son suivi et son retour durable à l’état sauvage au Niger.
Le 2 septembre, autorités, partenaires, représentants des services techniques, autorités administratives et coutumières ainsi que de nombreux membres de la population se sont retrouvés à Gadabedji pour assister au relâcher. Parmi les personnalités présentes figuraient notamment le Directeur général des Eaux et Forêts, le Gouverneur de la région de Maradi, le Préfet de Bermo ainsi que les Administrateurs délégués de Bermo et de Gadabedji.

Le Conservateur de la Réserve de Biosphère de Gadabedji, Hassane Mahamane a pris la parole : « La cérémonie qui nous réunit ce matin ne consacre pas seulement le relâcher des autruches dans la nature, mais marque un autre retour attendu depuis plus de 50 ans. En effet, il y a un demi-siècle, l’autruche d’Afrique du Nord, ou autruche à cou rouge, disparaissait de cet écosystème [de la RBG], compte tenu de plusieurs facteurs, aussi bien naturels qu’anthropiques. Ce retour triomphal de l’oiseau le plus grand et le plus majestueux au monde est l’aboutissement d’un long processus de travail acharné, d’expertise hors normes et de moyens colossaux investis.»
Le Gouverneur de la région de Maradi, Issoufou Mamane, s’est exprimé : « Plusieurs décennies durant, le braconnage, la sécheresse chronique et la perte de son habitat ont poussé cette espèce majestueuse au bord de l’extinction dans notre pays. Cette réintroduction des autruches, qui intervient après les translocations des girafes réalisées en 2018 et 2022, est le résultat d’une vision de la plus haute autorité de notre pays, sous la conduite éclairée de Son Excellence le Général de corps d’armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, Chef de l’État, et de Son Excellence Ali Mahamane Lamine Zene, Premier ministre. »

À 14h02, après plus de vingt ans d’absence à l’état sauvage au Niger, les premières autruches d’Afrique du Nord ont foulé le sol de la Réserve de Biosphère de Gadabedji, à nouveau en liberté. Le moment a été marqué par la coupure symbolique du ruban par le Gouverneur de la région de Maradi et le Directeur général des Eaux et Forêts.
Sous les regards des invités et de la population réunis pour assister à ce moment historique, les huit autruches ont alors quitté leur enclos et fait leurs premiers pas dans leur environnement naturel.
Dr. Maimounatou Ibrahim Mamadou, Gestionnaire des sites autruches de Sahara Conservation, s’est exprimée avant d’ouvrir les enclos : « Assister à ce moment est un immense honneur et l’aboutissement de nombreuses années de travail et de persévérance. Voir aujourd’hui ces autruches retrouver leur milieu naturel est une grande émotion. Je tiens à remercier toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à rendre ce retour possible. »

Une espèce disparue du milieu naturel depuis 2004
L’autruche d’Afrique du Nord, également appelée autruche à cou rouge, occupait autrefois une vaste partie des zones sahélo-sahariennes. La chasse, la collecte de ses œufs et la dégradation de son habitat ont entraîné un effondrement rapide de ses populations. La dernière autruche sauvage au Niger a disparu en 2004 dans la Réserve Naturelle Nationale de l’Aïr et du Ténéré. Dans le pays, l’espèce bénéficie d’un statut de protection intégrale au niveau national et est inscrite à l’Annexe I de la CITES. Une stratégie nationale de conservation existe depuis 2016, mise à jour en 2026, et sert de cadre stratégique afin d’orienter la mise en œuvre des activités sur le terrain.
Des années de préparation pour permettre son retour dans la nature
Le retour de l’autruche d’Afrique du Nord dans la RBG est le fruit de longues années de travail. Au Niger, la conservation de l’espèce repose sur un programme national d’élevage en captivité destiné à reconstituer progressivement une population viable à l’état sauvage. Des dizaines d’autruches, dont l’origine génétique est connue et confirmée par des tests en laboratoire, sont aujourd’hui réparties sur plusieurs sites d’élevage, notamment à Iférouane (région d’Agadez), Kellé (région de Zinder) et Mainé-Soroa (région de Diffa). La contribution des gestionnaires de sites privés d’élevage a été déterminante pour maintenir une population d’autruches au Niger et rendre possible aujourd’hui leur retour dans la nature.
Sahara Conservation contribue activement depuis de longues années aux efforts de conservation et de reproduction de l’espèce, notamment à travers la gestion des sites de Kellé et Mainé-Soroa, en partenariat avec les autorités nigériennes.
Ces efforts portent notamment sur l’amélioration du succès de reproduction, les infrastructures d’élevage, les transferts entre sites, l’alimentation, les soins ainsi que sur la gestion de la diversité génétique.
Gadabedji, un site pilote pour restaurer la faune sauvage
La RBG constitue le site pilote retenu pour cette première réintroduction. Ancienne zone de répartition de l’autruche d’Afrique du Nord, elle a été sélectionnée comme site de démarrage des activités de réintroduction, dans le cadre d’un programme plus large de restauration de la faune, après les transferts de girafes réalisés en 2018 et 2022.

La réussite d’une réintroduction dépend également de la protection de l’habitat, du suivi des individus et de l’adhésion des communautés vivant autour de l’aire protégée. En collaboration avec l’Unité de Gestion de l’Aire Protégée de la RBG et les autorités administratives et coutumières locales, Sahara Conservation a récemment mené une campagne de sensibilisation auprès des communautés locales. Près de 260 personnes issues de neuf villages ont participé à des réunions d’information consacrées à l’autruche d’Afrique du Nord, son rôle écologique, les objectifs de sa réintroduction et les comportements favorisant une cohabitation durable entre les populations et la faune sauvage.
Les huit autruches relâchées le 2 septembre constituent un premier groupe fondateur.
Les équipes vont désormais suivre les animaux afin d’évaluer leur adaptation à leur nouvel environnement, leur survie, leurs déplacements et, à terme, leur reproduction. L’objectif est de permettre progressivement l’établissement d’une population sauvage viable capable de se maintenir dans la RBG et de contribuer au retour durable de l’espèce dans son aire de répartition historique au Niger.
« La véritable mesure de notre succès ne sera pas seulement le nombre d’oiseaux relâchés aujourd’hui, mais leur capacité à survivre, à s’adapter, à se reproduire et, à terme, à constituer une population sauvage viable. » Abdoul Razack Moussa Zabeirou, Représentant pays de Sahara Conservation au Niger.
Une mobilisation collective
La réussite de la conservation d’une espèce sur le long terme repose sur la solidité de ces collaborations et sur leur capacité à s’inscrire dans la durée. Le retour de l’autruche d’Afrique du Nord au Niger est le fruit de plusieurs années d’efforts et d’une mobilisation collective. Il repose sur la collaboration étroite entre les autorités nigériennes, les gestionnaires des aires protégées, les communautés locales, les acteurs privés, les experts scientifiques, les organisations de conservation et les partenaires techniques et financiers. Cette nouvelle étape s’inscrit notamment dans le cadre du Projet « Conservation et gestion durable de la Réserve de Biosphère de Gadabedji et des paysages associés au bénéfice de la nature et des communautés locales » (Natura Niger), cofinancé par l’Union européenne, qui contribue à la restauration des espèces menacées, au renforcement de la gestion des aires protégées et à l’accompagnement des communautés riveraines.
« Pour Sahara Conservation, le retour de l’autruche d’Afrique du Nord au Niger représente bien plus qu’une opération de réintroduction. Il illustre ce que nous pouvons accomplir lorsque les institutions, les communautés, les acteurs privés, les équipes scientifiques et les organisations de conservation unissent leurs efforts dans la durée », souligne Dr. Tim Woodfine, Directeur général de Sahara Conservation.